Le pica chez le chien

Le pica chez le chien est un trouble du comportement alimentaire qui consiste à avaler de manière compulsive des objets ou des matières non comestibles. Cette maladie existe aussi chez l’humain (où elle touche plus souvent les femmes) et est connue depuis longtemps chez les animaux : oiseaux, chevaux, chiens, chats et même vaches peuvent présenter du pica. Ce trouble alimentaire a souvent de graves conséquences sur la santé des animaux atteints.

Que mangent les chiens atteints de pica ?

En fait, la liste peut être longue car les chiens ont tendance à manger ce qui est à leur portée. Voici ce qu’on retrouve le plus souvent :

  • Terre, sable, gravillons, cailloux
  • Végétaux (plantes non comestibles)
  • Tissus comme des vêtements, couvertures, chaussettes
  • Papier ou carton
  • Bouteilles en plastique
  • Bois (branches, morceaux de meubles)
  • Métal (barreaux ou grillage de leur chenil)
  • Leurs propres poils
  • Excréments (on parle alors de coprophagie, une forme particulière de pica)

Certains chiens présentent aussi une manie spécifique qui peut s’apparenter au pica : ils lèchent compulsivement des surfaces minérales comme les murs ou les sols.

Important : l’ingestion d’herbe, si elle reste limitée, n’est pas considérée comme du pica. Le chien ingère simplement les fibres végétales nécessaires à la stimulation de son transit intestinal. Même les chiens qui reçoivent une alimentation avec un taux de fibres suffisant mangent de l’herbe.

Attention également à ne pas confondre le pica avec le comportement exploratoire normal du chiot. Celui-ci a tendance à « goûter » les objets de son environnement. Un « non » ferme lui permet rapidement de comprendre ce qui se fait ou pas.

Quelle est l’origine du pica ?

L’ennui ou le stress

Le pica est fréquent chez les chiens qui s’ennuient parce qu’ils sont laissés seuls toute la journée, en appartement ou enfermés dans des chenils ou des courettes sans aucune stimulation. Le pica est alors un moyen d’évacuer leur stress et/ou d’attirer l’attention de leurs maîtres.

Le même phénomène s’observe chez les volailles en élevage industriel, les oiseaux de cage ou de volière (qui ont tendance à arracher leurs propres plumes pour les manger), les chevaux en boxes, les animaux dans les zoos…

Une carence alimentaire

Le phénomène a été démontré chez l’homme et le chat : le pica est quelquefois associé à une anémie et serait alors dû à l’épuisement des réserves en fer de l’organisme. Chez les bovins, du pica peut être observé en cas d’alimentation trop pauvre en sodium. La relation entre carence alimentaire et pica est probable chez le chien, mais elle n’a pas encore été démontrée.

À noter : la carence alimentaire est rare chez les animaux nourris avec une alimentation industrielle complète de très bonne qualité.

Un trouble digestif

Plusieurs troubles digestifs ont été identifiés comme causes possibles :

  • Présence d’un corps étranger dans l’estomac
  • Inflammation de l’intestin
  • Maladie pancréatique
  • Parasitisme interne
  • Prolifération anormale de bactéries dans l’intestin

Le pica serait alors une façon de calmer la douleur ressentie par le chien, voire de se faire vomir (surtout en cas de parasites digestifs).

Une maladie générale

Le diabète, la maladie de Cushing, certains cancers par exemple entraînent souvent une boulimie, incitant le chien à manger tout et n’importe quoi.

Une séparation précoce d’avec la mère

Selon différentes études, une séparation trop précoce de la mère, entre 30 et 45 jours, peut entraîner le développement de troubles du comportement chez les chiots, dont le pica.

La sénilité

Le pica fait partie des symptômes de vieillissement pathologique du chien, regroupés sous le nom de syndrome DCC (dysfonctionnement cognitif canin). Il s’accompagne alors de gémissements, désorientation, agressivité, troubles de l’humeur, etc.

Quel est le risque pour les chiens atteints de pica ?

Les risques diffèrent selon la nature des objets ou matières ingérés.

Troubles digestifs graves

  • Irritation du tube digestif entraînant de la diarrhée et/ou des vomissements
  • Sub-occlusion ou occlusion digestive en cas d’ingestion de ficelles, tissus, plastiques
  • Perforation digestive en cas d’ingestion d’objets coupants comme des bouts de bois, de la ferraille, des os
  • Péritonite

Problèmes dentaires

  • Usure précoce de l’émail des dents
  • Fracture dentaire en cas d’ingestion d’objets très durs

Parasitisme ou infection

Risque accru en cas d’ingestion de grandes quantités de terre ou de sable contaminé.

Intoxication

Possible en cas d’ingestion de végétaux non comestibles ou de médicaments.

Le chien peut également présenter une baisse de forme et un amaigrissement si l’ingestion des matières indésirables non nutritives se fait au détriment de sa ration alimentaire normale.

Que faut-il faire en cas de pica ?

Si le diagnostic de pica est assez facile à établir, il est souvent plus difficile d’en trouver la cause.

Vérifications de base

Plusieurs éléments sont faciles à vérifier et à modifier :

Alimentation

  • Le chien reçoit-il une alimentation de très bonne qualité, en quantité suffisante ?

Vermifugation

  • Est-il vermifugé régulièrement, avec un traitement antiparasitaire adapté ?
  • Des coproscopies sont-elles réalisées pour vérifier la réalité de l’infestation parasitaire et l’efficacité du traitement ?

Stimulation et activité

  • Si le chien est laissé seul pendant la journée, a-t-il moyen de s’occuper : présence d’un compagnon, aménagement d’un poste d’observation ?
  • Est-il sorti régulièrement ?

Solutions simples à tester

Il suffit quelquefois, pour amenuiser les symptômes de pica, de :

  • Changer d’alimentation (passage à un aliment hyperdigestible par exemple)
  • Proposer au chien des jouets très solides ou des os à mâcher
  • Passer plus de temps avec lui, en détournant son attention dès qu’il présente un comportement indésirable

Si le pica continue

Un examen complet doit être effectué par un vétérinaire, et en particulier une exploration de la fonction digestive :

  • Bilan sanguin
  • Analyse de selles
  • Échographie
  • Endoscopie digestive

Si aucune cause médicale n’est trouvée

Le problème est peut-être uniquement comportemental. Un vétérinaire spécialisé dans le comportement du chien peut proposer une solution, incluant un traitement médical et une thérapie comportementale.

En attendant la solution

L’environnement du chien doit être sécurisé au maximum :

  • Promenades sous surveillance et en laisse
  • Éloignement du chien de tous les objets consommables potentiellement dangereux
  • Surveillance accrue à l’intérieur comme à l’extérieur

Dr Thierry R.

Vétérinaire depuis 2009 basé dans la Somme, je partage mes connaissances sur Vetodome pour rendre l’expertise vétérinaire accessible à tous, gratuitement !