Savoir lire l’étiquette d’un aliment pour chien ou chat

Vous hésitez entre un aliment “grand public” et un aliment vétérinaire ? L’étiquetage paraît souvent opaque. Or une erreur qualitative (carences parmi les 40 nutriments essentiels) agit à long terme et peut réduire l’espérance de vie. Voici les clés pour décoder une étiquette et choisir objectivement.

Deux faces : marketing vs informations obligatoires

  • Face de présentation : attire l’œil, met en avant saveurs, visuels, slogans.
    Attention : couleur orange ≠ carotte, forme de poisson ≠ recette au poisson, “au bœuf” peut signifier très peu de bœuf.
  • Face informative : le cœur du choix
    • Description : Aliment complet (couvre tous les besoins) vs aliment complémentaire.
    • Mode d’emploi / cible : chiot, chatte en lactation, chat stérilisé… Les rations doivent être adaptées au gabarit, activité, santé, stérilisation.
    • Liste d’ingrédients : ordre décroissant du poids. Termes génériques (viandes, sous-produits animaux, légumes) = flexibilité de formulation.
    • Analyse moyenne : protéines brutes, matières grasses brutes, cendres brutes, cellulose brute, humidité.
      À retenir : deux aliments affichant la même analyse peuvent utiliser des matières premières très différentes.

Décrypter ce que votre animal doit recevoir

Protéines : quantité et qualité

Une protéine = chaîne d’acides aminés. 10 indispensables doivent être apportés chaque jour.
Rôles : structure (muscles, peau, tendons…) et fonctions (enzymes, hormones, anticorps).
Besoins quotidiens (activité normale, non stérilisé) :

  • Chien adulte : 2–6 g de protéines/kg de poids
  • Chat adulte : 4 g/kg
    Idées reçues :
  • Protéines ≠ viande : une viande ne contient que 15–20 % de protéines.
  • Toutes les protéines ne se valent pas : la gélatine (≈98 %) n’apporte pas les acides aminés indispensables → faussement gonfle le taux.
  • Valeur biologique : muscle (viande, cœur, filet de poisson) = protéines complètes. Végétales (soja, pois, lentilles) = incomplètes (même en grande quantité, certains acides aminés manquent).
  • Chat : besoin supplémentaire en taurine (≈20 mg/j). Elle est fragile à la chaleur → rations ménagères peu cuites et aliments industriels complémentés. Un aliment pour chien est insuffisant pour le chat.

Glucides : digestibles vs fibres

  • Sucres simples (lactose, saccharose) et amidon (céréales, pommes de terre) = énergie rapide s’ils sont bien cuits.
  • Cellulose = fibre insoluble non digestible, améliore le transit.
    Repères (activité normale, non stérilisé) :
  • Cellulose brute : 1–15 % MS (plus de cellulose = plus de selles)
  • Légumes : 10–25 g/kg corporel
  • Riz/pâtes cuits : Chien 10–25 g/kgChat 5–10 g/kg

Matières grasses : énergie et acides gras essentiels

  • Énergie : viser ≈10 % de lipides/MS chez le chien adulte.
  • Appétence et vitamines A-D-E-K.
  • Oméga 6/oméga 3 : rapport 5 à 10 (huiles colza et soja intéressantes).
    Carencepoil terne, peau fragile, cicatrisation/coagulation altérées, troubles de reproduction.
    Repères pratiques :
  • Huile de colza : 5 ml / 5–10 kg
  • Huile de poisson (oméga 3) : 1 gélule 500 mg / 5 kg

Eau : l’ingrédient n°1

50–75 ml/kg/j. Sec → boire davantage ; humide/maison → boit moins (eau dans l’aliment).
Chiot/chaton : 2–3× plus jusqu’à ⅔ de la croissance.
Gestation/lactation : +2 à +3×.
Un peu de sel peut stimuler la prise de boisson.

Minéraux : lire “cendres brutes”

  • Cendres brutes : souvent 5–7 %.
  • Calcium : 100–200 mg/kg corporel/j (laitages, os).
  • Phosphore : présent dans viande et céréales. Viser Ca/P = 1 à 2.
  • Magnésium : os, défenses.
    Ration ménagère : toujours assez de phosphore, jamais assez de calciumcomplémentation quotidienne indispensable.
    La qualité (minéraux/vitamines naturels des matières premières) est souvent supérieure aux formes de synthèse.

Vitamines et oligoéléments

  • Vitamines A, D, K, E, B12 : essentielles, se dégradent avec le temps et le stockage.
  • Oligoéléments clés : fer, zinc, iode, sélénium, cuivre, chrome, cobalt, fluor.

Croquettes idéales : à quoi ressemblerait une étiquette solide ?

  • Protéines de muscle en tête de liste, ≈26–30 %
  • Taurine ajoutée pour le chat
  • Humidité ≈8 %
  • Peu de fibres (2–3 %), peu de sucres
  • Lipides 16–18 % avec acides gras essentiels
  • Rapport Ca/P de 1 à 2 (ex. Ca 1,3 %, P 0,6–1 %)
  • Vitamines et oligoéléments clairement listés
    Décodage exact des mentions :
  • “Goût de …”< 4 % de l’ingrédient
  • “Au …”4–14 %
  • “Riche en …”14–26 %

Mode d’emploi : comparez vraiment

  1. Vérifiez la catégorie (complet vs complémentaire).
  2. Regardez les 3 premiers ingrédients : priorisez viandes/muscle.
  3. Croisez l’analyse moyenne avec les sources réelles (ex. taux de protéines + provenance).
  4. Adaptez la ration à votre animal (âge, poids, activité, stérilisation, santé).
  5. Pour maladies (ex. insuffisance rénale, allergies), utilisez des aliments diététiques dédiés.

Dr Thierry R.

Vétérinaire depuis 2009 basé dans la Somme, je partage mes connaissances sur Vetodome pour rendre l’expertise vétérinaire accessible à tous, gratuitement !