L’épilepsie chez le chien

L’épilepsie est une maladie relativement fréquente chez le chien (1 à 2 % de la population canine). Le traitement doit être administré à vie, de manière régulière et les résultats sont variables d’un animal à l’autre : de la disparition totale des crises à une simple stabilisation. Bien comprendre la maladie est essentiel pour mettre en place la bonne thérapeutique.

Définitions : qu’est-ce qu’une crise convulsive ?

Une crise convulsive est l’expression clinique d’un dysfonctionnement cérébral qui peut être :

D’origine extracrânienne

  • Environnementale (toxique)
  • Organique (insuffisance hépatique ou rénale, hypoglycémie)

D’origine intracrânienne

  • Structurale (malformation, traumatisme, tumeur, inflammation, trouble circulatoire)
  • Fonctionnelle (épilepsie primaire)

La crise apparaît brutalement et cesse spontanément.

Qu’est-ce que l’épilepsie ?

L’épilepsie est un ensemble de symptômes caractérisé par des crises convulsives récidivantes, périodiques et imprévisibles. Elle s’accompagne de troubles moteurs, neurovégétatifs, sensoriels, sensitifs et psychiques avec possibilité d’altération de la conscience.

L’épilepsie primaire (ou idiopathique ou essentielle) : l’animal ne présente aucune lésion cérébrale ou métabolique.

L’épilepsie secondaire : les crises sont la conséquence d’une lésion intracrânienne (tumeur, malformation, traumatisme, processus inflammatoire).

Important : la manifestation d’une crise convulsive chez votre chien ne signifie pas nécessairement qu’il est « épileptique ».

Quels sont les symptômes de l’épilepsie chez le chien ?

Les crises généralisées

Les crises généralisées peuvent être convulsives ou non convulsives. Elles sont la conséquence d’un dysfonctionnement des deux lobes cérébraux, donc leur manifestation est bilatérale.

Les crises convulsives (aussi appelées « grand mal »)

  • Contraction musculaire soutenue
  • Perte de conscience
  • Respiration irrégulière ou absente
  • Pédalage
  • Émission d’urine ou de selles

Les crises généralisées non convulsives (absences, « petit mal »)

  • Perte de tonicité musculaire
  • Perte de conscience
  • Rares et difficiles à observer chez le chien

Fréquence des crises

On peut rencontrer :

Crises isolées Au maximum une crise par 24 heures.

Clusters 2 crises ou plus sur 24 heures.

Status épilepticus (ou « mal épileptique ») C’est une urgence médicale : les crises se suivent sur 30 minutes ou plus sans retour à l’état normal pendant cette période.

Les crises partielles

Les crises partielles sont le reflet d’un dysfonctionnement d’un groupe de neurones du cerveau. Leurs manifestations varient selon la région du cerveau touchée.

Crises partielles simples

  • La conscience est conservée
  • Symptômes moteurs ou sensoriels

Crises partielles complexes

  • Mouvements involontaires (tressautements musculaires faciaux, mâchonnements, léchages intempestifs, aboiements, morsures)
  • Perte de conscience
  • Chien hagard (regard absent, pupilles dilatées)

Déroulement typique d’une crise d’épilepsie

Une crise convulsive comporte classiquement quatre phases :

Phase 1 : Prodrome Précède la crise de quelques heures à quelques jours mais est difficilement observée chez le chien.

Phase 2 : Aura Précède la crise de quelques minutes à quelques secondes. Le chien est :

  • Fatigué
  • Recherche de l’attention ou au contraire se cache
  • Peut présenter des tremblements, de la salivation, des gémissements

Phase 3 : Ictus (la crise) Dure quelques secondes à quelques minutes.

Phase 4 : Phase post-ictale Après la crise, le chien peut mettre quelques heures à quelques jours à se remettre :

  • Fatigué
  • Léthargique
  • Désorienté
  • Parfois troubles de la vision

Épidémiologie : races et âges concernés

50 % des crises convulsives sont le fait d’épilepsie primaire. Parmi les chiens épileptiques :

  • 90 % présentent des crises généralisées
  • 9 % présentent des crises partielles
  • 1 % présente des crises partielles qui se généralisent secondairement

Âge d’apparition

Chez le chien, le pic d’apparition de l’épilepsie se situe entre 1 et 5 ans.

Races prédisposées

Il semblerait y avoir une prédisposition raciale chez :

  • Labrador Retriever
  • Golden Retriever
  • Berger Allemand
  • Tervueren
  • Setter Irlandais
  • Cocker Américain
  • Beagle

Dans certaines races (Beagles, Bouviers Bernois, Tervuerens, Colleys), un facteur génétique a été identifié. Cependant, aucune race n’est totalement indemne d’épilepsie.

Particularité chez les femelles

Chez les femelles, les crises sont plus importantes et plus fréquentes pendant les chaleurs : il est conseillé de les stériliser.

Pathogénie : comment fonctionne l’épilepsie ?

L’épilepsie primaire est sans doute due à un déficit de fonctionnement des neurones, aucune lésion n’est présente. Les crises résultent d’un abaissement du seuil d’excitabilité des neurones. L’arrêt des crises est provoqué par la diminution de l’apport en oxygène.

Conséquences directes sur l’animal

Ces crises ont des conséquences directes :

  • Augmentation de la température
  • Diminution de l’apport en oxygène
  • Œdème cérébral
  • Lésion des neurones

Pratiquement toutes ces anomalies sont réversibles à la fin de la crise. L’animal peut cependant présenter :

  • Perte de la vision
  • Paralysie
  • Modification du comportement pendant une période plus ou moins longue après la crise

Conséquences à long terme

À long terme, la répétition des crises peut augmenter le « foyer épileptogène » avec une augmentation, en cercle vicieux, des crises épileptiques et la persistance de leurs effets secondaires :

  • Diminution de l’obéissance
  • Diminution de l’activité
  • Modification de la socialisation vis-à-vis de l’homme ou des autres animaux
  • Parfois de l’agressivité sans raison apparente

Comment diagnostiquer l’épilepsie ?

Le diagnostic de l’épilepsie primaire se fait par l’exclusion des autres causes de crise convulsive. Un certain nombre d’examens complémentaires peuvent être nécessaires :

  • Hématologie (analyse sanguine)
  • Biochimie
  • Scanner

Stratégie thérapeutique : comment traiter l’épilepsie ?

Le but du traitement de l’épilepsie est de rendre une vie à peu près normale à l’animal et au propriétaire. Il vise à :

  • Diminuer le nombre de crises
  • Diminuer la sévérité de chaque crise
  • Réduire les complications

Quand mettre en place un traitement ?

Pas de traitement nécessaire si : Le chien a présenté une seule crise ou des crises isolées séparées par une longue période (plus de 6 semaines).

Traitement nécessaire si :

  • Le chien a présenté un status epilepticus (crise continue sur plus de 30 minutes)
  • Le chien a fait au moins 2 crises en 6 semaines
  • Le chien a eu 2 crises ou plus en cluster en 8 semaines (2 crises ou plus sur 24h)

Important : plus le nombre de crises est important avant la mise en place du traitement, plus la probabilité que le patient soit réfractaire au traitement médical habituel est élevée.

Contraintes du traitement

La mise en place du traitement de l’épilepsie chez le chien est limitée par :

  • Les effets secondaires des médicaments utilisés
  • Le coût du traitement et des visites de contrôle nécessaires

Le traitement doit être administré à vie, quotidiennement, et des analyses de sang doivent être régulièrement effectuées. En général, on commence par la prescription d’une molécule. En cas d’échec, on peut associer plusieurs molécules bien que cela alourdisse le budget et complique le suivi.

Aucun traitement ne peut être mis en place sans la compréhension par le propriétaire de l’importance de la régularité du traitement et des contraintes qu’il implique.

Effets secondaires des traitements

Les traitements les plus fréquemment prescrits (phénobarbital, bromure ou primidone) présentent :

  • Toxicité hépatique
  • Interactions médicamenteuses

Ils peuvent aussi engendrer :

  • Somnolence
  • Augmentation de l’appétit
  • Faiblesse généralisée
  • Pancréatites

De ce fait, des contrôles sanguins sont préconisés tous les six mois. Il faut aussi prévenir le vétérinaire lors de toute autre prescription que votre chien est sous traitement antiépileptique.

Efficacité des traitements

Les traitements permettent actuellement de contrôler 90 à 95 % des chiens présentant de l’épilepsie primaire (disparition ou espacement des crises). Cependant, un certain nombre de chiens ne répondront pas au traitement.

Que faire lors d’une crise ?

  • Veiller à la sécurité de votre chien : le placer par terre pour éviter les chutes et l’éloigner des objets pouvant le blesser.
  • Veillez à votre sécurité : conserver une certaine distance avec la gueule du chien pour ne pas vous faire mordre.
  • Diminuer au maximum les stimulations de l’environnement : lumière et bruits (éteindre les lumières, ne pas crier). On peut caresser et parler doucement à son chien.
  • À la fin de la crise : il faut attendre qu’il se tienne correctement debout pour lui donner à boire ou à manger.
  • Si la crise dure plus de 5 minutes, s’il y a plus de 3 crises dans la journée : contacter les urgences vétérinaires.

Dr Thierry R.

Vétérinaire depuis 2009 basé dans la Somme, je partage mes connaissances sur Vetodome pour rendre l’expertise vétérinaire accessible à tous, gratuitement !