Quand et comment vermifuger son cheval ?

illustration quand et comment vermifuger son cheval

Vermifuger son cheval ne se fait plus au calendrier fixe, comme on l’a longtemps cru. La bonne méthode aujourd’hui consiste à traiter au bon moment, avec la bonne molécule, et surtout seulement quand c’est utile. Pour les adultes, le déclencheur n’est plus la saison mais une analyse de crottins qui mesure le niveau de parasites.

La réponse en bref

Ça dépend de l’âge. Un cheval de 1 à 3 ans se vermifuge systématiquement 3 à 4 fois par an. Au-delà de 3 ans, on passe à une vermifugation raisonnée : on traite après une coproscopie (analyse des crottins), pas au calendrier.

Pourquoi ne plus vermifuger « à date fixe » ?

Pendant des années, la règle était simple : un vermifuge tous les trois mois, pour tout le monde, tout au long de l’année. Cette habitude a un défaut majeur. À force de traiter des chevaux qui n’en avaient pas besoin, on a sélectionné les parasites résistants, ceux que les molécules ne tuent plus.

Le problème est désormais concret en France. En France, les petits strongles et les ascaris ont développé des résistances, les deux vers les plus courants chez le cheval. Pire, les travaux de l’Anses ont mis en évidence des cas de multirésistance, où plusieurs familles de vermifuges deviennent inefficaces en même temps.

Une augmentation de la prévalence des résistances parasitaires à ces molécules pourrait conduire les praticiens vers une impasse thérapeutique.

La logique s’est donc inversée. On ne cherche plus à traiter le plus souvent possible, mais à limiter les traitements inutiles. Un cheval adulte en bonne santé, peu infesté, sert en réalité de réservoir de parasites encore sensibles aux vermifuges : le traiter à tort favorise la propagation des souches résistantes. Vermifuger moins, mais mieux ciblé, protège l’ensemble des chevaux d’une même écurie sur le long terme.

La coproscopie, l’examen qui décide à votre place

La coproscopie est une analyse de laboratoire réalisée à partir d’un échantillon de crottin. Elle permet de détecter et de quantifier la présence d’œufs de parasites digestifs (strongles, ascaris, etc.). Cette analyse fournit une information précieuse sur le niveau d’excrétion parasitaire d’un cheval à un moment donné. Concrètement, on compte le nombre d’œufs par gramme de crottin.

Ce comptage classe votre cheval en « faible » ou « fort excréteur ». Le seuil de décision est chiffré : seuls les chevaux excrétant beaucoup d’œufs dans leurs crottins (plus de 200 œufs par gramme de crottin) sont vermifugés. En dessous, le traitement est inutile. Ce statut est plutôt stable dans le temps, ce qui permet, avec l’aide du vétérinaire, d’espacer les analyses une fois le profil de l’animal connu.

Deux détails comptent pour un résultat fiable. L’analyse doit être effectuée sur du crottin frais, collecté idéalement immédiatement après la défécation ou prélevé directement dans le rectum par un vétérinaire. Et le moment du prélèvement n’est pas neutre : cette coproscopie doit être réalisée au moins deux mois après une vermifugation et en dehors de la période hivernale, quand l’excrétion d’œufs est naturellement très basse.

Le bon réflexe

Une coproscopie coûte bien moins cher qu’une série de vermifuges achetés à l’aveugle. Faites-la coïncider avec la visite annuelle de vaccination : votre vétérinaire prélève, analyse et décide en une seule fois s’il faut traiter, et avec quelle molécule.

À quel rythme selon l’âge et le mode de vie ?

L’âge change tout, parce que l’immunité face aux parasites se construit avec le temps. Un jeune cheval se défend mal et doit être protégé activement ; un adulte gère bien seul une faible charge de vers.

Chez les jeunes, la règle reste systématique. Les jeunes chevaux (1 à 3 ans) qui, du fait de leur faible immunité, doivent être vermifugés de façon systématique 3 à 4 fois par an. Pour les adultes, on bascule sur la coproscopie : les chevaux de plus de 3 ans doivent être vermifugés de manière raisonnée, après coproscopie. Le mode de vie pèse aussi lourd.

Un cheval au pré ingère en permanence des larves avec l’herbe, alors qu’un cheval vivant surtout au box est moins exposé, même s’il n’est jamais totalement à l’abri via les fourrages verts et les paddocks.

Profil du chevalApprocheFréquence indicative
Poulain / 1 à 3 ansSystématique3 à 4 fois par an
Adulte au pré (+ de 3 ans)Raisonnée, après coproscopieSelon excrétion (> 200 œufs/g)
Adulte surtout au boxRaisonnée, surveillanceCoproscopie, souvent facultatif
Tous, en hiverGénéralement inutileExcrétion très faible

Un repère utile : inutile de vermifuger les chevaux adultes en hiver, l’excrétion d’œufs est très faible. On concentre plutôt les traitements sur la fin de la belle saison et l’automne, là où l’infestation des prairies est à son maximum.

illustration quand et comment vermifuger son cheval

Quelle molécule contre quel parasite ?

Le cheval héberge surtout deux ennemis. Les principaux parasites des équidés sont les petits strongles et les ténias. Les petits strongles (ou cyathostomes) sont les plus problématiques : leurs larves s’enkystent dans la paroi intestinale et peuvent provoquer coliques et amaigrissement. Les ténias (vers plats) sont visés à part, en général une à deux fois par an.

Les molécules ne se valent pas selon la cible. Contre les strongles adultes et leurs larves, on utilise les lactones macrocycliques : l’ivermectine et la moxidectine. Contre les ténias, il faut ajouter du praziquantel. Beaucoup de vermifuges d’automne combinent d’ailleurs les deux actions dans une même seringue, pour couvrir strongles et ténias en un seul passage.

Le fenbendazole, lui, est de plus en plus mis de côté sur les strongles à cause des résistances installées.

Un point souvent négligé pèse autant que le choix de la molécule : le dosage. Sous-doser, c’est offrir aux parasites une dose non létale et fabriquer de la résistance. Éviter le sous-dosage des vermifuges : évaluer le poids du cheval avant vermifugation. Un adulte de selle pèse souvent 450 à 600 kg ; estimez son poids avec un mètre-ruban barymétrique plutôt qu’à l’œil.

À ne pas prendre à la légère

Le vermifuge est un médicament, pas un complément anodin. Coliques, amaigrissement, poil piqué ou baisse de forme peuvent signaler une infestation lourde ou, à l’inverse, une réaction au traitement. Devant ces signes, ne multipliez pas les vermifuges de votre côté : appelez un vétérinaire, qui adaptera au cas précis de votre cheval.

Le cas des poulains, plus fragiles

Le poulain mérite un protocole à part, car il n’a quasiment aucune immunité et se contamine très tôt, dès les premières semaines par l’environnement et le lait de sa mère. Chez lui, le parasite dominant n’est pas le même : ce sont les ascaris (Parascaris), de gros vers ronds qui peuvent, en masse, obstruer l’intestin d’un jeune.

Le choix des molécules diffère donc de celui de l’adulte. Les lactones macrocycliques (ivermectine, moxidectine), très efficaces chez l’adulte contre les strongles, sont à éviter avant 6 mois car les ascaris y ont développé des résistances importantes. On leur préfère le pyrantel ou le fenbendazole sur les premiers mois, puis on alterne les familles pour ne pas user une seule molécule.

À noter aussi une contrainte de sécurité : la moxidectine ne peut pas être utilisée avant l’âge de 4 mois.

Après 6 mois, le rythme se cale sur un trimestre. Après l’âge de 6 mois, la vermifugation devra être effectuée tous les trois mois avec des vermifuges à base de pyrantel, d’ivermectine ou de moxidectine, les petits strongles étant fréquemment résistants au fenbendazole. Un traitement d’automne contre les ténias est conseillé pour les poulains de plus de 6 mois.

Compte tenu de ces subtilités, le protocole du jeune se construit vraiment avec le vétérinaire de l’élevage.

Les gestes d’écurie qui font la différence

Le vermifuge ne travaille jamais seul. L’essentiel du combat se joue sur la gestion des pâtures, car c’est là que le cheval avale les larves. Le ramassage régulier des crottins dans les prairies et les paddocks casse le cycle avant même qu’il ne redémarre : moins d’œufs au sol, moins de larves ingérées. C’est la mesure la plus rentable de toutes.

Quelques autres réflexes limitent la réinfestation au quotidien. Traiter en même temps tous les chevaux d’une même parcelle évite qu’un individu recontamine les autres. Un nouvel arrivant se vermifuge et s’isole idéalement quelques jours avant de rejoindre le groupe. La rotation des pâtures, voire un pâturage mixte avec des bovins qui « nettoient » les larves de chevaux, réduit encore la pression parasitaire.

Après un traitement, garder le cheval au box 48 heures l’empêche de disperser aussitôt des œufs sur l’herbe propre.

Ce qu’il faut retenir

  • De 1 à 3 ans : vermifugation systématique, 3 à 4 fois par an.
  • Après 3 ans : on traite après coproscopie, au-delà de 200 œufs/g.
  • Cibler les parasites : ivermectine/moxidectine sur les strongles, praziquantel sur les ténias.
  • Ne jamais sous-doser : peser le cheval avant chaque traitement.

Ce qu’un plan de vermifugation efficace change vraiment

Retenez le renversement de logique : on ne vermifuge plus pour se rassurer, on vermifuge pour agir juste. Un poulain et un jeune se protègent au calendrier ; un adulte se traite sur preuve, la coproscopie en main, avec la molécule adaptée au parasite réellement présent et une dose calée sur son poids. Le reste se joue au ramassage du crottin et à la gestion du pré.

Comme les vermifuges sont des médicaments et sont prescrits par le vétérinaire, le protocole idéal se construit avec lui, en fonction de l’âge de votre cheval, de son mode de vie et de la pression parasitaire de votre écurie. Le prochain rendez-vous vaccinal est le moment parfait pour poser un plan sur mesure plutôt que d’improviser seringue après seringue.

Dr Thierry R.

Vétérinaire depuis 2009 basé dans la Somme, je partage mes connaissances sur Vetodome pour rendre l’expertise vétérinaire accessible à tous, gratuitement !