Le diabète insipide chez le chien et le chat

Le diabète insipide (souvent appelé diabète à l’eau ou water diabetes) est une maladie rare caractérisée par une émission d’urines en excès et une soif intense. Malgré son nom, il n’a aucun lien avec le diabète sucré. On distingue plusieurs formes, toutes liées à une anomalie de production ou d’action de l’hormone antidiurétique (ADH, ou vasopressine). La maladie touche surtout le chien et le chat (et certains animaux de laboratoire), plus rarement d’autres espèces.

Rôle de l’ADH : pourquoi l’eau “fuit” ?

Une hormone est un messager produit par une glande et transporté par le sang pour agir à distance. L’ADH, fabriquée dans le cerveau (hypothalamo-hypophysaire), ordonne aux reins de réabsorber l’eau filtrée. Résultat : urines plus concentrées et volume réduit.
Sans ADH efficace, l’organisme perd l’eau par les urines, même si l’animal boit beaucoup.

Les causes : central vs. néphrogénique

Diabète insipide central

Défaut de fabrication d’ADH par le cerveau (hypothalamus/hypophyse). Origines possibles : malformation congénitale, traumatisme crânien, tumeur, ou forme idiopathique (défaillance sans cause identifiée).

Diabète insipide néphrogénique

Les reins ne répondent pas à l’ADH (hormone présente mais inefficace).

  • Primaire (congénital/familial) : documenté chez l’humain ; chez le chien, décrit mais gènes non identifiés ; aucun cas publié chez le chat.
  • Secondaire : lié à des malformations (p. ex. kystes rénaux, amyloïdose), à des médicaments ou à des maladies métaboliques/infectieuses (hypercorticisme, hypo/hypercalcémie, insuffisance rénale chronique, pyomètre, pyélonéphrite).

Comment ça fonctionne normalement ?

Chez un animal sain, les reins filtrent un grand volume de liquide puis éliminent les déchets dans l’urine tout en reprenant l’eau utile dans la circulation.
Dans le diabète insipide, les reins n’arrivent plus à réabsorber l’eau : l’animal urine beaucoup et le corps augmente la soif pour compenser.

Symptômes à surveiller

  • Polyurie (urines très fréquentes) avec parfois malpropreté
  • Urines claires voire limpides
  • Polydipsie marquée (boit énormément)
  • Pelage qui perd en qualité/éclat

Poser le diagnostic

Le vétérinaire combine anamnèse (mode de vie, alimentation, quantité bue, traitements), examen clinique, analyses sanguines (biochimie, électrolytes, NFS) et analyse d’urine pour écarter les autres causes de soif/urines excessives.

Densité urinaire (DU) : l’indice clé

La DU reflète la concentration de l’urine (mesurée idéalement au réfractomètre).

  • Normale : 1,020 à 1,050.
  • Diabète insipide : DU < 1,005 chez le chien et DU < 1,010 chez le chat.
    ⚠️ Une DU basse peut aussi s’observer lors d’insuffisance rénale ou de potomanie.

Tests de confirmation

  • Test de restriction hydrique : mesure la DU avant/après une privation d’eau sous surveillance médicale. Une DU qui reste très basse confirme le défaut de réabsorption. Test délicat en raison du risque de déshydratation.
  • Test à l’ADH (réponse à un analogue), administré plusieurs jours :
    • DU qui augmenteforme centrale (manque d’ADH corrigé par l’analogue).
    • DU inchangéeforme néphrogénique (insensibilité rénale).
      Des imageries (échographie rénale, IRM/scanner cérébral) aident à identifier la cause.

Traitements et prise en charge

  • Traiter la cause quand elle est identifiée.
  • Contrôle de la polyurie (formes centrales) : analogue de l’ADH administré par voie conjonctivale (gouttes oculaires issues de la pharmacopée humaine ; demander flacon-goutte, pas le spray nasal).
    • Effet en 2 à 6 h pour 10 à 12 h. Démarrage typique : 2 gouttes matin et soir, puis réévaluation.
    • Comprimés possibles, souvent plus onéreux, utiles si intolérance oculaire.
    • Traitement au long cours et ne jamais restreindre l’eau.
  • Forme néphrogénique : la supplémentation en ADH est inefficace ; il n’existe souvent pas de traitement pour réduire boisson/mictions → laisser l’eau à volonté et suivre la cause sous-jacente si présente.

À retenir

Polyurie + polydipsie + urines claires, DU très basse et réponse à l’ADH orientent le diagnostic. La forme centrale répond aux analogues d’ADH ; la forme néphrogénique nécessite surtout une gestion adaptée et la libre disponibilité de l’eau.

Dr Thierry R.

Vétérinaire depuis 2009 basé dans la Somme, je partage mes connaissances sur Vetodome pour rendre l’expertise vétérinaire accessible à tous, gratuitement !